Dans la lumière blanche du matin, les vignes semblent retenir leur souffle. Accrochés entre 900 et 1200 mètres d’altitude, les ceps de Prié Blanc défient l’hiver comme des sentinelles. Ce cépage n’existe que là, dans cette Vallée d’Aoste qui a appris à vivre avec le froid plutôt qu’à le fuir.
La Cave Mont Blanc est née de cette alliance entre les hommes et la montagne. Une soixantaine de petits viticulteurs, des parcelles familiales, des gestes transmis plus qu’expliqués. Treize hectares travaillés à la main par des privés, trois autres cultivés directement par la coopérative Cave Mont Blanc. Ici, chaque raisin porte une histoire, une pente, un lever de soleil.
Le miracle d’un vin né d’une gelée
C'est dans ce contexte presque magique que naît le Chaudelune. Un vin qui ne pourrait naître nulle part ailleurs.
Son histoire remonte à un hiver du début des années 1800, quand une vendange tardive fut surprise par le gel. Les raisins, figés sur pied, ont donné un nectar inattendu. Deux siècles plus tard, la Cave Mont Blanc perpétue ce miracle avec respect : on laisse les grappes attendre la morsure du froid, on guette la nuit parfaite dans l’incertitude du temps.
Le jour venu, les vendangeurs avancent dans le silence. Sous les doigts, les grains sont durs comme des perles. Pressées encore gelées, les grappes ne cèdent qu’un filet précieux : avec une rente de 25 à 30 % seulement. Un concentré de sucre, d’acidité, de montagne.
Un trésor à découvrir sur place
Le moût repose ensuite dans des petites barriques de bois locaux — pommier, poirier, genévrier, cerisier — patinées par vingt ans d’usage. La fermentation y avance doucement, presque humblement, jusqu’à ce que les levures s’arrêtent d’elles-mêmes. Un an plus tard, les quelques 1000 à 2000 bouteilles sont prêtes à être dégustées et le stock est épuisé avant même l’arrivée de la nouvelle année.
Pour saisir vraiment ce vin, il vaut la peine de visiter la Vallée d’Aoste. Marcher parmi ces vignobles suspendus, entendre le craquement de la neige sous les pas, sentir le froid descendre entre les rangées. La Cave ouvre ses portes aux voyageurs curieux : une dégustation sur place, là où reposent encore les petites barriques, révèle tout ce que les mots ne peuvent qu’effleurer. Devant un verre de Chaudelune, accompagné d’une tegola, un biscuit croustillant, ou d’un Bleu d’Aoste, fromage de la vallée, le paysage devient soudain lisible : la rudesse, la douceur, la patience.
Goûter le Chaudelune, c’est toucher du bout des lèvres la Vallée d’Aoste elle-même. Un territoire sculpté par le froid, façonné par les hommes, offert à ceux qui prennent le temps de le découvrir et de le déguster.
Comm. & Réd. partir-magazine.com


